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Quoi de neuf dans l'assiette de l'apron ?

Prélèvements de fèces sur apronRappelons les objectifs et le principe: Une étude inédite est en cours, qui vise à mieux connaître le régime alimentaire de l'apron pour mieux appréhender le rôle de la qualité et de la diversité des habitats, et ainsi mieux appréhender les impacts potentiels et la gestion à mettre en place. Tout un programme!

Comment y parvenir? Grâce à la génétique : en prélevant d'une part les excréments d'aprons, afin d'identifier les séquences d'ADN des proies ingérées, et d'autre part les insectes aquatiques pour connaître leur identité génétique, leur disponibilité et leur densité. A cela il faut ajouter de la matière grise (Université d'Aix-Marseille, Irstea d'Aix-en-Provence), une forte motivation, de l'organisation, de la patience, de la collaboration et bien évidemment des partenariats financiers avec l'Agence de l'Eau, EDF, l'Onema, les Régions Paca, Auvergne Rhône-Alpes, et Bourgogne Franche-Comté.

 

Où en est-on des investigations ?

Des campagnes de prélèvements sur les quatre stations de référence (Durance, Verdon, Beaume et Loue) et des tronçons sur la Durance ont eu lieu 2 fois par an en 2014 et 2015, permettant de récolter – rien que pour les 4 stations de référence – près de 1500 échantillons d'invertébrés, soit des centaines de milliers de bestioles, et environ 500 crottes d'aprons ! Une crotte d'aprons, c'est à peu près ça: ● et c'est donc à partir de cela qu'est entreprise l'extraction des morceaux d'ADN des proies mangées par l'apron, après le développement d'un protocole et d'outils complexes plein de mots barbares: pipeline bioinformatique, reads, run, cytochrome oxydase I, témoins positifs, ....)

Prélèvements de fèces sur apron

Et alors, quels sont les premiers résultats...?

Il apparait que l'apron est une fine bouche. Il choisit ses proies et apprécie particulièrement certaines espèces d'éphémères (Baetidae) ainsi que des trichoptères (Hydropsychidae) et ceci est commun aux divers cours d'eau. Par contre, l'apron n'aime pas trop les gammares et encore moins les coléoptères!

Le cortège des espèces selon les cours d'eau diffère bien que l'on retrouve une certaine similitude dans la composition avec une faune dominée par les diptères, les éphémères, les plécoptères et les trichoptères, mais les groupes les plus abondants ne sont pas les mêmes selon les secteurs.

Un apron de la Beaume semble avoir un régime plus diversifié qui semble à mettre en lien avec la diversité des habitats du cours d'eau. En revanche, la station de la Durance se singularise par l'abondance des proies rhéophiles (qui vivent dans les eaux courantes). La Loue, quant à elle, est la rivière qui présente la plus forte quantité d'invertébrés aquatiques, et le Verdon la plus faible.

Par ailleurs, l'étude scalimétrique, c'est-à-dire l'étude des écailles qui permet de connaître l'âge des poissons (à la façon des cernes d'un tronc d'arbre), nous apprend que :

  • globalement, la croissance serait la plus forte les deux premières années mais avec des différences selon les secteurs,
  • les aprons adopteraient une stratégie différente selon leur lieu de vie car adaptée à leur environnement : un apron de la Beaume grandirait vite car son espérance de vie serait moindre (crues cévenoles récurrentes?), tandis qu'un apron du Verdon grandit beaucoup moins vite mais plus longtemps et dispose d'une espérance de vie plus longue...

Et pour la suite ?

L'année 2016 va être consacrée à la poursuite du traitement des données et leurs analyses par l'équipe de l'Université d'Aix-Marseille et celles d'Irstea d'Aix-en-Provence.

Cette étude inédite de barcoding moléculaire est très prometteuse en termes de résultats afin de mieux appréhender l'environnement de l'apron et la gestion associée. Cette technique ouvre de nouvelles perspectives pour mieux appréhender le fonctionnement et les leviers d'actions pour la gestion d'espèces.